Un père lointain / Antonio Skarmeta (Chili)

Publié le par nathalie

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/7/1/3/9782246775317.jpg

Jacques, 21 ans, vit avec sa mère à Contulmo, un petit village, un pueblito du Chili. Il est l’instituteur du village, et traduit aussi des œuvres françaises pour le journal local.

Cette passion de la langue française lui vient de son père français, Pierre. Cela fait maintenant un an que Pierre est reparti en France. Jacques et sa mère sont sans nouvelles de lui, et ne s’expliquent toujours pas ce départ brutal.

Un jour, il va à la ville d’Angol et tombe sur son père. Au choc de découvrir que Pierre n’a pas quitté le Chili, s’ajoute la surprise de le voir avec un bébé, un petit garçon qu’il présente à Jacques comme son demi-frère Emilio, la raison pour laquelle il les a abandonnés, lui et sa mère.

Dans un style simple mais plein de poésie, l’auteur sait trouver le ton juste pour dire l’absence, le manque, mais aussi l’amour… Un beau petit roman à découvrir.

 

« Mon père est français. Il est retourné à Paris il y a un an, à la fin de mes études à l’Ecole normale et le jour de mon retour à Contulmo.

Je suis descendu du train au moment où il y montait. Il m’a embrassé, l’air désolé, sur les deux joues. Ma mère, sur le quai, était vêtue de noir. Mon retour à la maison n’a jamais remplacé l’absence de mon père. Il chantait « J’attendrai », « Les Feuilles mortes » et « C’est si bon ». […]

Aussitôt après le départ de Papa, ma mère s’est éteinte comme une flamme sur laquelle un vent glacé aurait soufflé.

Moi aussi, je l’aimais éperdument, le pater. Et puis, j’aimais être aimé de lui. Mais il était souvent absent. Il écrivait des lettres le soir sur ma Remington portative et les entassait sur son bureau avant de me les remettre quand le camion venait chercher les draps. C’étaient des lettres, disait-il, qu’il écrivait à ses amis. Mes vieux copains.

Parfois, quand nous avons bu de l’eau-de-vie, le meunier laisse échapper une information, et je l’écoute attentivement. Mais ce sont des pistes qui ne mènent nulle part. Ses silences sont éloquents, ses mots silencieux. C’est comme s’il avait scellé un pacte secret avec mon père. Un pacte de sang.

Quand Pierre a décidé de partir, je terminais mes études à Santiago.

Une semaine avant que j’arrive à Contulmo avec mon diplôme d’instituteur en poche, il a dit à ma mère qu’un bateau l’attendait à Valparaiso et que le froid du Sud chilien lui fendait les os.

Je descendais du train, tandis qu’il montait dans le même compartiment.

Au sud du Chili, les trains crachent de la fumée.

Mon père n’aurait pas dû partir le soir de mon arrivée. Je n’ai même pas eu le temps d’ouvrir ma valise pour lui montrer mon diplôme. Ma mère et moi avons pleuré. »

 

Un père lointain / Antonio Skarmeta ; traduit de l’espagnol (Chili) par Alice Seelow. – Grasset, 2010. (10 €)

Publié dans romans étrangers

Commenter cet article