Le temps qui va, le temps qui vient / Hiromi Kawakami (Japon)

Publié le par nathalie

Ce roman, qui ressemble à un recueil de nouvelles, est composé de onze chapitres qui donnent tour à tour la parole à un personnage différent. Le point commun de ces personnages ? Ils habitent tous le même quartier de la périphérie de Tokyo, et se croisent au gré du hasard et des rencontres, dans les petites boutiques de la rue commerçante, comme la poissonnerie Uoharu, le bistrot "La Grappe" ou le marchand de beignets Roman.

A travers ces récits au rythme lent et au parfum doux-amer, l’auteur nous fait découvrir le quotidien des habitants, Heizô, le poissonnier excentrique qui vit avec l’amant de sa défunte femme, une de ses clientes, professeur d’anglais et « célibataire chevronnée », un homme qui, après avoir exercé plusieurs emplois différents, s'épanouit enfin dans son métier d'auxiliaire de vie, ou encore une femme au foyer dont l’ambition est d’avoir une vie banale… Les histoires se rejoignent de manière subtile, chaque personnage jouant un rôle dans la vie d'un autre. Avec beaucoup de délicatesse, l’auteur évoque le rapport de chacun au temps, la solitude de la vie urbaine mais aussi les petites joies du quotidien.

Hiromi Kawakami a écrit d'autres romans, notamment Les années douces, qui a été adapté en bande dessinée par Taniguchi (excusez du peu...)

 

Extrait de « La cabane sur la terrasse »

« Heizô donne du madame à toutes les clientes du magasin. Vers l’époque où je n’étais encore installée que depuis peu dans le quartier, à chaque fois que je venais acheter du poisson-sabre, chinchard ou autre, il y allait de son madame par-ci, madame par-là. Ca m’agaçait tellement que je lui avais même déclaré d’un ton sec que je n’étais pas mariée.

« Ah bon, tiens donc », avait répondu Heizô sans conviction. Et d’ajouter : « Je vous demande pardon, excusez-moi, ma petite dame ! »

Incapable de déterminer s’il plaisantait ou s’il lui manquait une case, je suis restée stupide.

Ce n’est que peu à peu que j’ai compris qu’il ne se moquait pas de moi et qu’il avait bien toutes ses facultés. Tout simplement, il perdait pied quand il se trouvait confronté à de nouvelles données, ou plutôt… disons que c’était un original, le Heizô, dans sa manière de réagir aux situations inhabituelles. »

  

Extrait de « Le serpent tombe dans le trou »

« Vieillir, c’est recevoir en pleine figure la pluie des années qu’on a vécues jusque-là », a la manie de dire Hanabusa.

Il ne serait pas faux de dire que c’est un tic de langage chez lui, à peu près le seul d’ailleurs, car il est difficile de lui en trouver un autre.

Lui et moi travaillons ensemble depuis trois ans déjà, dans une société privée de service à domicile, Sun House, qu’il gère lui-même. En disant déjà, je m’aperçois que cette façon de considérer le temps varie probablement selon les individus, mais pour moi, trois ans représentent une durée suffisamment longue. Vous allez sans nul doute me demander quelques éclaircissements sur cette façon de voir les choses. Je crois donc préférable de commencer par me présenter dans les grandes lignes. »

 

Le temps qui va, le temps qui vient / Hiromi Kawakami ; traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. - P. Picquier, 2011

Publié dans romans étrangers

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