Le jour où la Vierge a marché sur la lune / Rolf Bauerdick (Allemagne)

Publié le par nathalie

 

A Baia Luna, un petit village perdu dans les montagnes de Roumanie, plusieurs communautés, Roumains, Hongrois, Saxons et Tziganes, vivent en harmonie depuis de longues années. Jusqu’à ce mois de novembre 1957, où les Russes envoient un chien dans l’espace à bord d’un « Spoutnik bip-bipant » ! Cet exploit coïncide avec des événements plus funestes : Angela Barbulescu, l’institutrice du village, disparait, puis le père Johannes Baptiste, le curé du village, est assassiné, alors qu'il allait prononcer un sermon contre la collectivisation des terres. La Securitate serait-elle derrière ce crime ?

Pavel Botev, le jeune narrateur de quinze ans, va tenter de découvrir ce qui s’est passé. Sa quête s’étendra sur plus de trente ans, en compagnie de son grand-père Ilja et du meilleur ami de celui-ci, le Tzigane Dimitru, un personnage haut en couleur, persuadé que la conquête de l’espace n’est qu’un moyen pour les Soviétiques de prouver que la Vierge ne se trouve pas sur la lune, et que Dieu n’existe pas...

Un premier roman truculent, plein de fantaisie et d’imagination, où l’on parcourt l’histoire de la Roumanie de l’après-guerre à la chute du communisme, entre tragédie et humour. On se croirait plongé dans un film d'Emir Kusturica...

 

Extrait

“Il vole ! Il vole ! Vive le socialisme ! Hip, hip, hip, hourra pour le Parti ! » Les trois frères Brancusi, Liviu, Roman et Nico, firent irruption dans notre café vers huit heures du soir, d’excellente humeur, bombant le torse, prêts à payer une tournée générale.

« Qui vole ? demanda mon grand-père Ilja.

Mais le chien ! Laïka ! Le premier être vivant envoyé dans l’espace ! En route avec Spoutnik 2 ! Eau-de-vie, Pavel ! Zuika pour tout le monde ! Allez, avanti ! C’est nous qui régalons », hurla Liviu en crânant, et je compris que je n’allais pas chômer pendant les heures à venir. […]

« Buvez votre schnaps tout seuls. » Hermann Schuster et Karl Koch, les Saxons, jetèrent leurs manteaux sur leurs épaules et sortirent.

Il y avait de l’irritation dans l’air en ce 5 novembre 1957. C’était un mardi, la veille des cinquante-cinq ans de mon grand-père Ilja. J’avais quinze ans. Le matin, j’allais à l’école où je fréquentais de mauvaise grâce la huitième et dernière classe ; l’après-midi, je tuais le temps ; le soir et le dimanche, j’aidais mon grand-père à servir les clients du café-épicerie familial. Je tiens à préciser que ce n’était pas un bistrot au sens courant du terme. Ilja, ma mère Kathalina et tante Antonia tenaient un commerce qui, dans la journée, fournissait tout le nécessaire aux ménagères de Baia Luna. Le soir, nous transformions l’établissement en débit de boissons avec quelques tables et quelques chaises, et les hommes venaient boire un coup. »

 

Le jour où la Vierge a marché sur la lune / Rolf Bauerdick ; traduit de l'allemand par Odile Demange. - NIL, 2011

 

 

Publié dans romans étrangers

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