Le coeur cousu / Carole Martinez

Publié le par nathalie

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Dans ce roman, la narratrice Soledad raconte l’histoire de sa famille dont le personnage central est sa mère Frasquita Carasco. L’histoire commence dans le sud de l’Espagne au début du 20e siècle, avec l’initiation de Frasquita devenue femme. Sa mère lui transmet une boîte en bois qu’elle ne doit ouvrir qu’au bout de neuf mois et qui lui révélera un don magique. Pour Frasquita, ce sera la couture. Avec une aiguille et du fil, elle est capable de créer des choses d’une beauté irréelle, et même de réparer les êtres...

Après que son mari l’ait jouée et perdue lors d’un combat de coqs, Frasquita entasse ses cinq enfants sur une charrette et quitte le village pour partir vers le sud. Lors de sa marche à travers l’Andalousie, elle rencontre une bande de révolutionnaires et leur chef Salvador, dont elle va recoudre le visage déchiré, puis elle traverse la mer, le désert et finit par s’arrêter dans un village du Maroc, où elle donne naissance à sa benjamine Soledad, et où ses filles vont grandir et recevoir leurs propres dons de la boîte mystérieuse.

La légende familiale se construit à partir de nombreux petits chapitres qui se succèdent comme autant d’histoires où le merveilleux est toujours présent. Ce premier roman à l’écriture envoutante a reçu 9 prix littéraires, dont celui de Ouest France – Etonnants voyageurs.

 

Extrait :

"Mon nom est Soledad.

Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles.

Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang.

Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.

Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse.

LA TRAVERSEE

Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.

 

A ma naissance, ma mère a lu ma solitude à venir.

Ni donner, ni recevoir, je ne saurais pas, jamais.

C'était inscrit, dans la paume de mes mains, dans mon refus obstiné de respirer, de m'ouvrir à l'air vicié du dehors, dans cette volonté de résister au monde qui cherchait à s'engouffrer par tous mes trous, furetant autour de moi comme un jeune chien.

L'air est entré malgré moi et j'ai hurlé.

 

Jusque-là, rien n'était parvenue à ralentir la marche de ma mère. Rien n'était venu à bout de son entêtement de femme jouée. Jouée et perdue. Rien, ni la fatigue, ni la mer, ni les sables.

Personne ne nous dira jamais combien de temps aura duré notre traversée, combien de nuits ces enfants qui suivaient leur mère ont dû dormir en marchant !

J'ai poussé sans qu'elle y prît garde, accrochée à ses entrailles, pour ne pas partir avec toute cette eau qu'elle perdait sur les chemins. J'ai lutté pour être du voyage et ne pas l'interrompre."

 

Le cœur cousu / Carole Martinez. - Paris : Gallimard, 2007

Existe en poche : Folio, 2009 (8,20 €)

Publié dans romans français

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