Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 22:19

 

Alors, avant toute chose, un conseil : si vous décidez de lire ce livre, ne prévoyez rien d'autre pendant votre journée ou votre week-end, parce qu'une fois que vous l'aurez commencé, vous ne pourrez plus le lâcher jusqu'à la dernière page ! Pour son premier roman, S. J. Watson a fait très très fort, j'ai été bluffée

Une vingtaine d'années plus tôt, Christine Lucas a été gravement blessée dans un accident. Depuis cette époque, elle souffre d'une forme très rare d'amnésie, elle peut accumuler des souvenirs pendant la journée, mais quand elle dort et qu'elle se trouve dans une phase de sommeil profond, tous ses souvenirs sont effacés. Chaque matin, elle se réveille en pensant qu'elle est une jeune étudiante d'une vingtaine d'années, découvre que dans son lit se trouve un homme plus âgé qu'elle et marié, dont elle ne se souvient pas... Chaque matin, cet homme lui explique qu'il est son mari Ben, qu'elle a 47 ans, et qu'ils vivent ensemble depuis plus de vingt ans. Chaque jour, elle redécouvre son histoire, pour l'oublier après chaque nuit.

Depuis quelque temps, à l'insu de son mari, elle rencontre régulièrement le Dr Nash, un neuropsychologue qui s'intéresse à son cas. Il lui a proposé de tenir un journal au quotidien car il pense que cela peut l'aider à faire remonter des souvenirs à la surface. Elle cache ce journal, et le Dr Nash l'appelle chaque matin pour lui dire où le trouver. Ce travail semble porter ses fruits, son histoire commence à prendre forme au fil des pages, mais peu à peu, elle constate des incohérences entre ce qu'elle écrit, ce que lui dit son entourage et les souvenirs qui lui reviennent. A qui peut-elle faire confiance ?  Le seul espoir auquel elle se raccroche alors que les doutes l'assaillent, c'est ce journal qui lui révèle chaque jour qui elle est, et qui va l'aider à avancer sur le chemin de la vérité, aussi dangereux soit-il...

Après un premier chapitre où on assiste au réveil désorienté de Christine et à la découverte de son quotidien, on plonge avec elle dans la lecture de son fameux journal intime, qui s'étale sur les deux semaines précédentes, puis on revient à cette même journée qui verra se jouer le dénouement de l'histoire. La construction est efficace, le rythme haletant, et l'auteur réussit à merveille à nous faire partager les sentiments et les pensées de cette femme désemparée, sans passé, sans identité, qui finit par ne plus savoir si ce qu'elle écrit est la réalité ou le fruit de son imagination... Une réussite !

 

Extrait :

"Mon nom est Christine Lucas. J'ai quarante-sept ans. Je suis amnésique. Je suis assise ici, sur ce lit inconnu, en train d'écrire mon histoire, vêtue d'une nuisette en soie que l'homme qui se trouve au rez-de-chaussée - qui me dit être mon mari, et s'appeler Ben - m'a apparemment achetée pour mon quarante-sixième anniversaire. La pièce est plongée dans le silence et la seule lumière est celle de la lampe posée sur la table de nuit, une douce lueur orangée. J'ai l'impression de flotter, suspendue dans un nuage de lumière.

J'ai pris soin de fermer la porte de la chambre. J'écris ceci en privé. En cachette. J'entends mon mari dans le salon - le doux bruissement du canapé quand il se penche en avant ou se lève, une quinte de toux, poliment étouffée - mais je cacherai ce livre s'il monte au premier. Je le rangerai sous le lit ou sous l'oreiller. Je ne veux pas qu'il me surprenne en train d'écrire. Je ne veux pas avoir à lui dire comment j'ai eu ce cahier.

Je regarde le réveil sur la table de nuit. Il est presque onze heures ; il faut que je fasse vite. J'imagine que bientôt j'entendrai la télévision s'éteindre, un craquement du plancher quand Ben marchera dans la pièce, le cliquetis d'un interrupteur. Ira-t-il dans la cuisine se faire un sandwich ou se servir un verre d'eau ? Ou viendra-t-il directement se coucher ? Je ne sais pas. J'ignore ses rituels. Je ne connais même pas les miens.

Parce que je n'ai pas de mémoire. Selon Ben, selon le médecin que j'ai vu cet après-midi, quand je vais dormir, la nuit prochaine, mon esprit va effacer tout ce que je sais aujourd'hui. Tout  ce que j'ai fait aujourd'hui. Je vais me réveiller demain matin comme ce matin. En pensant que je suis toujours une enfant. Que j'ai devant moi toute une vie de possibilités, de choix.

Et ensuite, je vais découvrir, à nouveau, que je me trompe. Mes choix ont déjà été faits. La moitié de ma vie est derrière moi."

 

Avant d'aller dormir / S. J. Watson ; traduit de l'anglais par Sophie Aslanides. - Sonatine, 2011

Par nathalie - Publié dans : polars, romans noirs
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 09:47

 

Mathilde Berger, 28 ans, a quitté sa carrière débutante de diplomate à Paris pour devenir relieuse, métier que lui a appris son grand-père, aujourd'hui décédé. Elle est installée dans un petit village du Périgord, depuis un an.

Un matin avant l’ouverture de son atelier, un homme inconnu frappe à sa porte et lui apporte un très beau livre de dessins et d’aquarelles à relier. L’homme est très faible, il manque s’évanouir, mais refuse qu’elle appelle un médecin.

Dans la journée, elle apprend que ce même homme a été renversé par un camion près de la gare où il devait prendre le train. Il est mort, mais personne n'a pu l’identifier, car il n’avait pas de papiers sur lui.

Personne ne réclame non plus son corps à la morgue. Mathilde, qui est tombée sous le charme de l’inconnu et de son livre, va faire tout son possible pour découvrir qui il était et retrouver sa famille pour leur rendre le livre.

 

Ce roman très agréable à lire nous plonge dans l'univers d'un petit village, dans la ruelle où vit Mathilde avec ses voisins et amis artisans qui l'ont aidée à s'intégrer, André le boulanger qui lui apporte ses chouquettes et vient boire son café avec elle tous les matins, Sébastien le cordonnier excentrique qui règle ses comptes par petits mots affichés dans sa vitrine, Mr Roche l’horloger dont le cœur, à son grand désespoir, bat aidé par une pile au lithium, ou Melle Billon la quincaillière, la mémoire du village... Je suis tombée sous le charme de cette belle région du Sud-Ouest !

On découvre aussi le métier de relieur, et l’auteur s'y connaît bien puisqu'elle est elle-même relieuse. Les descriptions sont parfois un peu trop techniques, mais ça reste très intéressant de suivre les étapes du travail de Mathilde dans son atelier.

Enfin, petit clin d'oeil à Cyrano de Bergerac, la pièce d’Edmond Rostand, pour laquelle Mathilde a une passion, qu’elle a aussi héritée de son grand-père : des citations de la pièce parsèment le roman et font écho aux pensées et aux émotions de Mathilde. Et comme moi aussi, j'aime beaucoup cette pièce, j'ai apprécié de la retrouver au fil des pages.

Si vous voulez vous changer les idées, lire un roman plus « léger » mais bien écrit, alors ce roman est pour vous !

 

La relieuse du gué / Anne Delaflotte Mehdevi. - Gaïa, 2010

Par nathalie - Publié dans : romans français
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 19:31

Ce roman, qui ressemble à un recueil de nouvelles, est composé de onze chapitres qui donnent tour à tour la parole à un personnage différent. Le point commun de ces personnages ? Ils habitent tous le même quartier de la périphérie de Tokyo, et se croisent au gré du hasard et des rencontres, dans les petites boutiques de la rue commerçante, comme la poissonnerie Uoharu, le bistrot "La Grappe" ou le marchand de beignets Roman.

A travers ces récits au rythme lent et au parfum doux-amer, l’auteur nous fait découvrir le quotidien des habitants, Heizô, le poissonnier excentrique qui vit avec l’amant de sa défunte femme, une de ses clientes, professeur d’anglais et « célibataire chevronnée », un homme qui, après avoir exercé plusieurs emplois différents, s'épanouit enfin dans son métier d'auxiliaire de vie, ou encore une femme au foyer dont l’ambition est d’avoir une vie banale… Les histoires se rejoignent de manière subtile, chaque personnage jouant un rôle dans la vie d'un autre. Avec beaucoup de délicatesse, l’auteur évoque le rapport de chacun au temps, la solitude de la vie urbaine mais aussi les petites joies du quotidien.

Hiromi Kawakami a écrit d'autres romans, notamment Les années douces, qui a été adapté en bande dessinée par Taniguchi (excusez du peu...)

 

Extrait de « La cabane sur la terrasse »

« Heizô donne du madame à toutes les clientes du magasin. Vers l’époque où je n’étais encore installée que depuis peu dans le quartier, à chaque fois que je venais acheter du poisson-sabre, chinchard ou autre, il y allait de son madame par-ci, madame par-là. Ca m’agaçait tellement que je lui avais même déclaré d’un ton sec que je n’étais pas mariée.

« Ah bon, tiens donc », avait répondu Heizô sans conviction. Et d’ajouter : « Je vous demande pardon, excusez-moi, ma petite dame ! »

Incapable de déterminer s’il plaisantait ou s’il lui manquait une case, je suis restée stupide.

Ce n’est que peu à peu que j’ai compris qu’il ne se moquait pas de moi et qu’il avait bien toutes ses facultés. Tout simplement, il perdait pied quand il se trouvait confronté à de nouvelles données, ou plutôt… disons que c’était un original, le Heizô, dans sa manière de réagir aux situations inhabituelles. »

  

Extrait de « Le serpent tombe dans le trou »

« Vieillir, c’est recevoir en pleine figure la pluie des années qu’on a vécues jusque-là », a la manie de dire Hanabusa.

Il ne serait pas faux de dire que c’est un tic de langage chez lui, à peu près le seul d’ailleurs, car il est difficile de lui en trouver un autre.

Lui et moi travaillons ensemble depuis trois ans déjà, dans une société privée de service à domicile, Sun House, qu’il gère lui-même. En disant déjà, je m’aperçois que cette façon de considérer le temps varie probablement selon les individus, mais pour moi, trois ans représentent une durée suffisamment longue. Vous allez sans nul doute me demander quelques éclaircissements sur cette façon de voir les choses. Je crois donc préférable de commencer par me présenter dans les grandes lignes. »

 

Le temps qui va, le temps qui vient / Hiromi Kawakami ; traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. - P. Picquier, 2011

Par nathalie - Publié dans : romans étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 19:23

 

A Baia Luna, un petit village perdu dans les montagnes de Roumanie, plusieurs communautés, Roumains, Hongrois, Saxons et Tziganes, vivent en harmonie depuis de longues années. Jusqu’à ce mois de novembre 1957, où les Russes envoient un chien dans l’espace à bord d’un « Spoutnik bip-bipant » ! Cet exploit coïncide avec des événements plus funestes : Angela Barbulescu, l’institutrice du village, disparait, puis le père Johannes Baptiste, le curé du village, est assassiné, alors qu'il allait prononcer un sermon contre la collectivisation des terres. La Securitate serait-elle derrière ce crime ?

Pavel Botev, le jeune narrateur de quinze ans, va tenter de découvrir ce qui s’est passé. Sa quête s’étendra sur plus de trente ans, en compagnie de son grand-père Ilja et du meilleur ami de celui-ci, le Tzigane Dimitru, un personnage haut en couleur, persuadé que la conquête de l’espace n’est qu’un moyen pour les Soviétiques de prouver que la Vierge ne se trouve pas sur la lune, et que Dieu n’existe pas...

Un premier roman truculent, plein de fantaisie et d’imagination, où l’on parcourt l’histoire de la Roumanie de l’après-guerre à la chute du communisme, entre tragédie et humour. On se croirait plongé dans un film d'Emir Kusturica...

 

Extrait

“Il vole ! Il vole ! Vive le socialisme ! Hip, hip, hip, hourra pour le Parti ! » Les trois frères Brancusi, Liviu, Roman et Nico, firent irruption dans notre café vers huit heures du soir, d’excellente humeur, bombant le torse, prêts à payer une tournée générale.

« Qui vole ? demanda mon grand-père Ilja.

Mais le chien ! Laïka ! Le premier être vivant envoyé dans l’espace ! En route avec Spoutnik 2 ! Eau-de-vie, Pavel ! Zuika pour tout le monde ! Allez, avanti ! C’est nous qui régalons », hurla Liviu en crânant, et je compris que je n’allais pas chômer pendant les heures à venir. […]

« Buvez votre schnaps tout seuls. » Hermann Schuster et Karl Koch, les Saxons, jetèrent leurs manteaux sur leurs épaules et sortirent.

Il y avait de l’irritation dans l’air en ce 5 novembre 1957. C’était un mardi, la veille des cinquante-cinq ans de mon grand-père Ilja. J’avais quinze ans. Le matin, j’allais à l’école où je fréquentais de mauvaise grâce la huitième et dernière classe ; l’après-midi, je tuais le temps ; le soir et le dimanche, j’aidais mon grand-père à servir les clients du café-épicerie familial. Je tiens à préciser que ce n’était pas un bistrot au sens courant du terme. Ilja, ma mère Kathalina et tante Antonia tenaient un commerce qui, dans la journée, fournissait tout le nécessaire aux ménagères de Baia Luna. Le soir, nous transformions l’établissement en débit de boissons avec quelques tables et quelques chaises, et les hommes venaient boire un coup. »

 

Le jour où la Vierge a marché sur la lune / Rolf Bauerdick ; traduit de l'allemand par Odile Demange. - NIL, 2011

 

 

Par nathalie - Publié dans : romans étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 19:06

 

Mia Fredricksen, 55 ans, est une poétesse vivant à New York. Après trente ans de mariage, son mari Boris lui annonce qu’il a une liaison avec une jeune collègue. Après un séjour à l’hôpital, Mia décide d’aller passer l’été dans son Minnesota natal, près de sa mère qui vit dans une maison de retraite depuis la mort de son mari. Pour occuper son temps et son esprit, Mia a accepté d’animer un atelier de poésie auquel participent sept adolescentes. Elle côtoie également les amies de sa mère, quatre veuves âgées mais très dynamiques, sa voisine Lola, une jeune mère de famille ayant des problèmes de couple, et sa fille Daisy, actrice de théâtre.

L’épreuve qu’elle traverse et les figures féminines qui l’entourent vont l’amener à se pencher sur son passé et à revisiter les différentes étapes de sa vie de femme : la petite fille, l’adolescente, l’épouse et la mère.

Avec intelligence, tendresse et ironie, Siri Hustvedt (l'épouse de Paul Auster) nous parle des femmes, mais aussi de poésie et de littérature, et mêle à son récit des digressions philosophiques ou des clins d’oeil au lecteur sur sa façon de construire son roman. J'ai passé un très bon moment à lire ce roman cet été (sans homme !)

 

Extrait

« Quelque temps après qu’il eut prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit : Je ne veux plus jamais te revoir, ni : C’est fini mais, après trente années de mariage, pause suffit à faire de moi une folle furieuse dont les pensées explosaient, ricochaient et s’entrechoquaient comme des grains de popcorn dans un four à micro-ondes. J’étais arrivée à cette lamentable constatation alors que je gisais sur mon lit dans l’aile sud, si alourdie par le Haldol que bouger m’était odieux. […]

La Pause était française, elle avait des cheveux châtains plats mais brillants, des seins éloquents qui étaient authentiques, pas fabriqués, d’étroites lunettes rectangulaires et une belle intelligence. Elle était jeune, bien entendu, de vingt ans plus jeune que moi, et j’ai dans l’idée que Boris avait convoité quelque temps sa collègue avant de donner l’assaut à ses régions éloquentes. […]

Il me fallait partir de l’appartement, car y rester était trop douloureux. […] Je quittai donc Brooklyn pour aller passer l’été chez moi, dans le trou perdu au cœur de ce qui était autrefois la prairie du Minnesota où j’avais vécu mon enfance. […] L’université avait fait preuve de « compréhension » concernant mon effondrement, et je reprendrais mes cours en septembre. Ce serait la béance entre Hiver de folie et Automne de raison, un creux vide d’événements, à remplir de poèmes. Je consacrerais du temps à ma mère et mettrais des fleurs sur la tombe de mon père. Ma sœur et Daisy viendraient me voir, et on m’avait chargée d’enseigner la poésie aux jeunes dans le cadre du Cercle artistique local. »

 

Un été sans les hommes / Siri Hustvedt ; traduit de l'américain par Christine Le Boeuf. - Actes Sud, 2011. - (Lettres anglo-américaines)

Par nathalie - Publié dans : romans étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

C'est quoi ce blog ?

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Ici aussi :)

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés